C’est une aventure agricole, artisanale et humaine qu’on vous raconte dans ce podcast.

Artillac est né d’un territoire que Lionel Gardrat connait intimement : la côte atlantique, ses sols calcaires, son climat océanique, sa lumière. Lionel voulait créer un malt qui raconte cette douceur saline et cette authenticité rurale. Artillac, un whisky artisanal, local, 100% biologique.

Un podcast en 9 épisodes publiés tous les 15 jours

#1 : LES RACINES – Le vigneron
#2 : Les mots d’Alexandre Vingtier – Soirée de lancement
#3 : DU GRAIN AU MOÛT – Maltage et brassage
#4 : LA DISTILLATION – L’alchimie du feu
#5 : L’ENTONNAGE – L’eau-de-vie rencontre le bois
#6 : L’ÉLEVAGE – La patience du temps
#7 : L’EMBOUTEILLAGE – La concrétisation
#8 : L’ÉTHIQUE – Un projet de territoire
#9 : L’AVENIR – Vers le whisky et au-delà

Écoutez les épisodes parus et à paraitre→

Lionel Gardrat représente la cinquième génération d’une famille de vignerons installée depuis 1894 à Coze et Ars-sur-Gironde. Après des études dans le Bordelais pour acquérir une culture du vin hors du territoire charentais, il rejoint l’exploitation familiale en 1995 et développe la production de vins de pays charentais et de Pineau des Charentes, certifiée bio depuis 2019 et vendue à 95% en circuit court. Face à la baisse mondiale de consommation d’alcool depuis 2022, Lionel décide de diversifier son activité, convaincu que « le changement n’est jamais douloureux, seule la résistance au changement l’est ».

C’est lors d’une conversation avec Pierre Merlet, Distillerie Merlet & Fils que naît le projet Artillac. Pierre lui fait réaliser qu’il possède déjà tous les éléments nécessaires à la production de whisky : les terres pour l’orge, l’accès à une malterie locale, des alambics, des fûts et un réseau de distribution. Accompagné par un conseiller en spiritueux, Lionel lance sa première production en 2023. Grâce à un élevage pointu en barriques, le produit atteint une qualité remarquable dès 18 mois, permettant un lancement anticipé avec un premier lot limité de 1650 bouteilles d’eau-de-vie de malt, qui deviendra légalement un whisky après trois ans de maturation.

Alexandre Vingtier, consultant international en spiritueux et ancien directeur de Whisky Magazine, décrypte l’approche unique d’Artillac qu’il qualifie de « terroiriste ». Ce terme, qu’il assume pleinement, désigne la volonté d’exprimer une parcelle à travers des millésimes, démarche rare dans l’univers du whisky mais fidèle à son origine artisanale et familiale. Alexandre souligne que tout provient du même producteur – l’orge, les vins et les eaux-de-vie – une configuration exceptionnelle dans un monde où le whisky s’est construit comme industrie utilisant des matières premières du monde entier.

Lors de la soirée de lancement, Alexandre guide une dégustation de trois élevages différents du millésime 2023 : finishing en barrique de vin rouge IGP charentais, en barrique de pineau des Charentes AOC, et en fûts de chêne neuf. Présentés à 58°, ces échantillons démontrent qu’avec une matière première soignée, on peut créer des « trajectoires courtes » sans attendre les trois ans réglementaires. Alexandre recommande de se concentrer d’abord sur la texture et la minéralité en bouche plutôt que sur le nez, suivant l’enseignement des anciens maîtres. Le produit final, embouteillé à 48° (plutôt qu’au standard de 40°), exprime au mieux la qualité sans agressivité, incarnant ce qu’Alexandre appelle un « whisky d’auteur » en approche « kilomètre zéro ».


Lionel explique sa transition de la vigne à la céréale, rendue possible par la nature de son terroir charentais propice à l’orge et son équipement existant. Son alambic charentais à deux passes, qu’il utilise depuis 20 ans pour distiller ses cognacs, s’est révélé parfaitement adapté à la production d’eau-de-vie de malt, contrairement au gin ou à la vodka qui nécessiteraient un autre type d’appareil. Malgré les différences entre culture pérenne (vigne) et culture annuelle (orge), Lionel retrouve la même logique de bon paysan en bio : rotation, préservation et soin. Une fois le wash obtenu, les réflexes de vinification et de distillation sont similaires, permettant une adaptation rapide.

Ce qui distingue Artillac, c’est sa traçabilité parfaite : Lionel peut indiquer la parcelle exacte et la date précise de plantation (14 février 2023 pour le premier millésime). En agriculture biologique, la rotation des cultures étant obligatoire, il s’est associé avec un agriculteur bio voisin qui lui fournit une récolte annuelle selon son cahier des charges. Autodidacte et non-expert en whisky (il n’en buvait pas avant de se lancer), Lionel ne cherche pas à imiter un produit existant mais à « donner au whisky le goût du lieu ». De l’idée fin 2022 à la première récolte en juillet 2023, l’aventure s’est concrétisée rapidement avec le soutien enthousiaste de son équipe, malgré la complexité logistique.